Oi-Generation

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Dimanche 8 août 2010 à 21:32

Un interview de la brigada par le Parti Communiste Belge

Et bien voilà, Le Drapeau Roupe vous propose une interview rock’n’roll. Et pas n’importe quoi! Nico Pâtre du groupe français Brigada Florès Magon! Le bassiste de l’une des formations les plus militantes se livre. Découvrons ensemble les grands moments et les individus qui font vivre et qui animent la scène alternative, engagée, antifasciste et redskin européenne…
DR: Qu'est ce qui t'a poussé à faire du rock?

NP: Pour répondre à cette question, il faut que je revienne sur mon parcours. J’ai 29 ans, cela fait une dizaine d’années que j’évolue dans la mouvance antifasciste radicale, c’est celle-ci qui m’a amené progressivement vers le rock’n’roll.
Lycéen au début des années 90, la montée de l’extrême droite et notamment du FN, me préoccupait fortement. Bien qu’issu d’une famille communiste, j’ai d’abord été un compagnon de route des sociaux-démocrates avant de comprendre que c’était la politique antisociale menée par ces mêmes individus qui favorisait la montée de la peste brune. Étudiant en Sciences Po à Toulouse, j’ai rejoint l’Aget-Unef (l'Association Générale des Etudiants
Toulousains), dont la ligne locale était bien plus dure que celle impulsée à Paris. J’ai été élu étudiant pendant deux ans, avant d’être exclu pour «gauchisme» avec tout le groupe toulousain, lors d’un congrès. Parallèlement, je militais aux JRE, «Jeunes contre le Racisme en Europe», un groupe antiraciste révolutionnaire, plutôt trotskiste à l’échelon national, mais tenu par des maoïstes «soft» dans notre ville du sud. C’est là que j’ai embrassé une culture que je n’ai plus quittée depuis, la culture punk-rock/redskin. Avec quelques copains, outre le soutien aux sans-papiers, la rédaction et la diffusion de nombreuses brochures sur l’extrême droite, les projections, tables de presse et multiples manifs, nous avons entrepris de disputer physiquement la rue, les universités et les salles de concerts aux fachos. Le reste coule de source, et correspond à une implication croissante dans la musique engagée, et notamment le punk rock, vecteur de diffusion de nos idées.
Je me suis installé à Paris en 1998, j’ai adhéré à la CNT, rencontré la Brigada Flores Magon et créé avec Victor, le guitariste de l’époque, un fanzine redskin nommé «Barricata». En quelques années, nous avons organisé des tas de concerts de soutien. Fanzine, programmation de concerts, rencontres internationales, tables de presse un peu partout, il ne manquait plus qu’une corde à mon arc, apprendre à jouer d’un instrument et monter sur scène. Cela s’est fait grâce à Fred Alpi et à Géraldine-Kochise, deux personnes qui m’ont transmis leur passion et ont usé de leur temps pour m’enseigner les rudiments de cet autre langage. Je leur sais gré de m’avoir donné une soif inextinguible de jouer. Suite à des modifications de line-up, je me suis retrouvé bassiste du groupe Alpi, puis de la Brigada.

DR: Tu es impliqué dans la mouvance RASH (Red & Anarchist SkinHeads). C'est quoi ça ?

NP: Je te donne la définition officielle, celle qu’on a rédigée il y a quelques années: «Le RASH est un réseau international et internationaliste de skins radicalement antifascistes, antisexistes et anticapitalistes. Composé de militants libertaires ou communistes critiques, organisés et non organisés, il rassemble quelques milliers d'individus à travers le monde. Il existe sous forme de sections au Mexique, en Colombie, au Chili, aux États-Unis, au Canada, en Indonésie, en Russie, en Italie, en Espagne, en Allemagne, au Portugal, en France, etc. Constitué au milieu des années 90 pour rassembler tous les "redskins" et lutter plus efficacement contre la gangrène raciste dans la rue, dans les stades, dans les facultés, en concert ou sur les lieux de travail, le RASH a progressivement élargi ses champs de lutte (soutien aux prisonniers, aux travailleurs, aux luttes de libération) et participe aujourd'hui à la constitution d'une contre-culture alternative, combative et solidaire. Ses principaux moyens d'expression sont la musique et le fanzinat mais aussi la photographie et le dessin. Par son travail, de fait, il tend à conscientiser ou à reconscientiser une partie de la jeunesse populaire».

DR: Vos actions sur Paris?

NP: Concrètement, elles portent sur trois plans. 1) Tout d’abord, on rédige un fanzine, Barricata, qui existe depuis six ans et qu’on diffuse le plus massivement possible. Dans ce fanzine, on parle de tout ce qui nous tient à cœur, donc de politique et de musique. Travail d’information sur l’extrême droite, relais des mobilisations internationales, dénonciation de l’univers carcéral, entretiens avec des groupes de musique engagés, avec des sociologues, des écrivains, etc. C’est un journal qu’on peut trouver sur toutes nos tables de presse. 2) Ensuite, on organise près d’un concert par mois, et on utilise les bénéfices pour payer les frais d’avocats et les amendes des antifascistes radicaux qui sont condamnés ici et ailleurs. Au cours des derniers mois, on a participé au paiement de billets d’avion d’une mission de syndicalistes palestiniens, au financement de la location d’un bus pour des enfants de Cisjordanie, on a distribué des fonds aux commissions Migrations et Prisons de la CNT, bref, les causes ne manquent pas… Chaque année, en juin, on organise un gros festival, ça donne l’occasion de nous retrouver tous ensemble, de faire la fête et d’envisager la suite. 3) Enfin, quand c’est nécessaire, on rappelle à l’extrême droite qu’elle ne peut pas occuper impunément le pavé.

DR: Cette scène musicale engagée: Elle évolue? Elle s'amplifie?

NP: La scène musicale engagée a toujours existé. Après l’âge d’or des années 83-92 (Crass et Conflict en Angleterre, Banda Bassotti en Italie, Kortatu au Pays Basque, Slime en Allemagne, les Bérus en France), il y a eu une sorte de traversée du désert jusqu’en 1997. Seuls quelques groupes anarchopunks maintenaient le flambeau de la révolte. Puis, nous avons assisté à l’essor fulgurant du ska, et nombreux sont les groupes devenus des pointures (Los Tres Puntos, Ya Basta) qui nous filent régulièrement des coups de main en jouant en soutien. Côté punk rock, tu retrouves deux tendances: le «punk à roulettes», souvent très bien joué, idéologiquement creux, et largement majoritaire ; et la scène engagée, numériquement moins importante. Mon sentiment est que dans nos concerts, le public se renouvelle tout en se densifiant. On a un public moins looké, plus mixte. «Punk is dead» chantait CRASS dans les 80’s en dénonçant la marchandisation de ce style musical, et de fait, la problématique reste toujours la même en fonction du prisme que tu adoptes : il s’agit, soit d’un produit de consommation, soit d’une contre-culture.

DR: Bon… à part la basse dans Brigada Florès Magon… tes passions, ta vie, tes coups de cœur?

NP: J’ai déjà beaucoup parlé de ce qui constitue une grande part de ma vie d’aujourd’hui, à savoir la musique et le militantisme. Pour faire « bouillir la marmite », je suis prof de français et d’histoire dans un lycée professionnel de Seine-Saint-Denis. C’est un boulot que j’ai choisi et que j’aime, qui me permet d’aider des mômes issus de quartiers de relégation sociale. J’essaie de les sortir de leur bahut-caserne le plus souvent possible et de leur transmettre ma passion de la vie et ma révolte contre un système qui reproduit les inégalités. J’aime lire, tant du polar, du classique, de la BD, que de l’histoire. Mes auteurs préférés restent définitivement Genet et Camus. Mon dernier coup de cœur est sans conteste La fabrique de la violence du Scandinave Jan Guillou. Et au firmament, je placerais Sans Patrie ni frontières de Jan Valtin, un livre qui relate l’histoire d’un kominternien des années 1920 et 1930, qui avale tant de couleuvres… J’aime faire du sport, boxer, faire le con avec « ma famille-mon crew ». J’aime enfin et par-dessus tout voyager à travers le monde, partir le plus souvent et le plus loin possible, parfois seul, souvent avec ma copine, à la découverte d’autrui et à la redécouverte de moi-même.

DR: Être un des membres du groupe phare de la scène antifasciste européenne… Pas trop lourd à porter?

NP: Le groupe phare, comme tu y vas! On a déjà la grosse tête, alors n’en rajoute pas! Il y a beaucoup d’excellents groupes antifascistes en Europe: Stage Bottles et Los Fastidios, les Oppressed, Opcio-K-95, et là, je ne parle que des groupes de street-punk… C’est vrai qu’on nous définit souvent comme un groupe antifasciste, anarchiste, autonome, qu’on nous propose régulièrement de jouer lors de manifs qui barrent la route à des défilés néo-nazis… Tant mieux, j’en suis très fier et je souhaite que cela ne s’arrête jamais ! Après nous, viendront d’autres qui, mettant en accord le verbe et l’action, continueront à clamer que le fascisme, c’est la gangrène, qu’on l’élimine ou qu’on en crève!

DR: Brigada Florès Magon revendique ses racines prolétaires/ ouvrières?

NP: Makhno disait simplement: «Avec les oppresseurs, jamais. Avec les opprimés, toujours!». Ce n’est pas faire preuve de manichéisme que de constater que rien n’a vraiment changé, les barricades ont encore deux côtés, celui des possédants qui ont intérêt à ce que rien ne bouge, et celui des «sans», qui se font hélas de moins en moins entendre.
Dans nos sociétés, les riches sont de plus en plus riches, et la classe laborieuse, celle qui rassemble ouvriers et employés, perd sa conscience de classe. Nous savons et n’oublions pas d’où nous venons : mes grands-parents étaient des prolos italiens venus tenter leur chance dans les usines de France, mais nous savons surtout où nous voulons aller: vers un autre futur, égalitaire et libertaire, dégagé des scories capitalistes et autoritaires.

DR: Ton engagement politique? Ta sensibilité?

NP: Je suis profondément antiautoritaire, et absolument amoureux de la liberté, pas celle du capital bien entendu («le renard libre dans le poulailler libre»), mais celle qui consiste à profiter pleinement de chaque jour passé sur cette Terre pour cultiver son jardin. Je milite à la CNT, une petite organisation anarcho-syndicaliste, qui, si elle ne se fourvoie pas dans l’imitation de la CFDT passée de l’autogestion à la collaboration avec le MEDEF, pourrait jouer un rôle important lors de prochains mouvements sociaux, notamment en tirant la barque très à gauche.

Le site de Brigada Florès Magon : www.brigada.propagande.org/


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Par MaximeMasse le Jeudi 19 octobre 2017 à 16:14
Bon boulot, merci pour ce job
 

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